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Courrier Frontenac : Une région mobilisée pour débloquer trois dossiers majeurs

  • 14 juil.
  • 6 min de lecture

29 avril 2026 -


Par Claudia Fortier, journaliste

Pour la région de Thetford, le temps n’est plus à l’écoute, mais à l’action. Une mobilisation réunissant quelques centaines de personnes des milieux économique, politique, industriel et communautaire, ainsi que des citoyens, s’est tenue le mardi 28 avril au Centre de congrès de Thetford. L’objectif : interpeller Québec et exiger la volonté politique nécessaire pour faire avancer trois dossiers jugés cruciaux pour le développement socioéconomique de la région.  

Parmi les priorités soulevées figurent l’accélération des travaux de réhabilitation du chemin de fer Québec Central, l’adoption du projet de loi 17 concernant le stockage géologique du dioxyde de carbone (CO₂) ainsi que des allègements réglementaires liés à la gestion des sols amiantés. Les acteurs de la région souhaitent maintenant que la première ministre Christine Fréchette prenne position rapidement sur ces enjeux. 


Cet événement tenu sous forme de conférence de presse était organisé conjointement par le Pôle économique vert de Chaudière-Appalaches, ID Thetford, la Chambre de commerce et d’industrie de la région de Thetford, la MRC des Appalaches, la Société de développement économique de la région de Thetford, la Ville de Thetford, DuGrisAuVert, ainsi que par les entreprises VEMA Hydrogen, Chemin de fer Sartigan et Deep Sky.  


« Nous sommes à un moment charnière pour notre région, où les décisions à venir auront des impacts concrets sur notre avenir économique, environnemental et social. La conférence de presse d’aujourd’hui se veut plus qu’un simple exercice de communication. C’est un message clair, c’est une main tendue et surtout un appel à l’action », a affirmé Ludovic Beauregard, commissaire à l’économie circulaire à la Société de développement économique de la région de Thetford et responsable de l’initiative DuGrisAuVert. 


Des retards qui s’accumulent  

En juin 2023, Geneviève Guilbault, alors vice-première ministre et ministre des Transports, confirmait un investissement de 440 millions $ pour la réhabilitation complète du chemin de fer Québec Central entre Vallée-Jonction et Thetford Mines. Ce projet, réclamé depuis plus de 20 ans par les acteurs économiques de la région, devait initialement être mis en service à l’automne 2025. Or, depuis cette annonce, les retards continuent de s’accumuler, causant des pertes d’environ 200 000 $ par mois à des entreprises du territoire. 


Martin Laflamme, président de Chemin de fer Sartigan, spécialisé dans le transport ferroviaire de marchandises, a dressé le bilan des travaux réalisés en 2025, notamment les ouvrages de ponts et ponceaux jusqu’à Thetford Mines. Il a confirmé que le matériel nécessaire à la poursuite du chantier est arrivé et prêt à être installé. Il a toutefois déploré des retards dus notamment à la présence d’amiante.  


Il a précisé que l’appel d’offres des travaux de rails du tronçon 4 entre Tring-Jonction et Thetford Mines est prêt et qu’il ne reste qu’à le publier pour recevoir les soumissions. M. Laflamme espère que cela pourra être fait cette année. 


Une étude de marché sur l’implantation d’un centre de transbordement à Thetford a par ailleurs révélé qu’une dizaine d’entreprises ont déjà manifesté leur intérêt à utiliser le service ferroviaire. « Ça représente plus de 5 milliards $ d’investissements. Nous ne pouvons pas passer à côté de ça. Dans un monde où les certitudes économiques sont ébranlées, avec ce qui se passe notamment au sud de la frontière et les changements climatiques qui sont toujours d’actualité, l’État doit supporter et encourager ceux et celles qui veulent porter le flambeau de cette transition. Madame la première ministre, s’il vous plaît, faites en sorte que l’appel d’offres du tronçon 4 sorte rapidement », a-t-il soutenu. 


La voie ferrée, condition essentielle au projet de VEMA 

VEMA Hydrogen a amorcé cet hiver des essais pilotes sur le site de la mine Normandie. L’entreprise, qui a mis au point une méthode de production d’hydrogène propre à faible coût, a choisi le Québec, plus précisément la région de Thetford, en raison de sa richesse en ophiolites, un ensemble de roches essentiel à la production d’hydrogène minéral de synthèse. Ce projet représente environ 900 millions $ en investissements, la création de centaines d’emplois et plusieurs milliards de dollars en retombées économiques.  


La réhabilitation du chemin de fer est toutefois de première importance afin que ce projet se réalise, a partagé Samuel Samson, avocat chez VEMA Hydrogen. « Notre vision, c’est de transformer l’hydrogène sur place, notamment en méthanol décarboné pour l’industrie maritime, en carburant aérien de synthèse et plusieurs autres produits énergétiques. On parle d’un volume de transport qui est extraordinaire. Ça ne fait aucun sens de dire que nous voulons apporter un projet pour décarboner l’industrie du transport lourd, tout en dépendant de camions. Pour que le projet soit viable économiquement, qu’il soit conséquent et qu’il puisse aller de l’avant, ça prend une infrastructure de transport », a-t-il expliqué. 

Ce dernier a ajouté qu’il était inconcevable que la réhabilitation du chemin de fer n’aille pas de l’avant, considérant les sommes ayant déjà été dépensées. « Ça n’a aucun sens autant pour les finances publiques, le respect des contribuables et le climat d’investissement au Québec. […] Nous ne pouvons pas nous permettre d’avoir des retards significatifs. »

Selon Me Samson, il est en effet essentiel que les travaux de la voie ferrée avancent rapidement, d’autant plus que ceux de VEMA progressent à vitesse grand V. Il a aussi souligné que la situation pourrait se débloquer simplement avec du courage et une volonté politique. 


Une course contre la montre pour Deep Sky 

Le projet de Deep Sky, entreprise financée en grande partie par Investissement Québec, est évalué à près de 4 milliards $. Celui-ci dépend de l’adoption du projet de loi 17 encadrant le stockage géologique du carbone (CO₂). Alors que plusieurs provinces ont déjà légiféré en ce sens, le Québec accuse du retard, ce qui pourrait entraîner la perte de cette industrie au profit d’une autre province et au détriment de Thetford ainsi que de l’économie québécoise. 

Rappelons que la firme montréalaise propose la vente de crédits carbone en retirant des milliards de CO₂ de l’atmosphère et en les stockant de façon permanente sous terre. À la fin de 2025, elle annonçait avoir réussi la toute première injection sur le site de la mine British Canadian, située dans le secteur Black Lake à Thetford Mines. L’intérêt de l’entreprise pour la région s’explique par la richesse de son sous-sol en magnésium, un élément essentiel à son procédé. 


Jusqu’ici, Deep Sky a déjà vendu passablement de crédits carbone. Ceux-ci doivent maintenant être produits, mais cela demeure impossible tant que le projet de loi 17 n’est pas adopté, a raconté Mathieu Bouchard, vice-président des politiques publiques et des affaires réglementaires pour la firme montréalaise. « Thetford est un endroit parfait pour faire ça, mais pour y parvenir, il nous faut un cadre législatif. Ça fait quelques années qu’on travaille avec le gouvernement du Québec. Il existe d’autres exemples à travers le Canada : l’Alberta, la Colombie-Britannique, le Manitoba, la Saskatchewan, l’Ontario et la Nouvelle-Écosse. Toutes ces provinces ont une loi qui encadre le stockage du carbone. »


L’entreprise commence à manquer de temps, alors qu’il ne reste que cinq semaines à la session parlementaire, la dernière avant les prochaines élections. Si aucun progrès n’est réalisé d’ici là, le projet pourrait être reporté d’un, voire de deux ans.  


« Pendant ce temps, nous devons décider où l’établir. Nous avons des possibilités ailleurs, mais puisque nous sommes une entreprise québécoise, nous voulons le réaliser ici. Cependant, s’il n’y a pas de cadre législatif, nous ne pourrons malheureusement pas nous établir ici », a ajouté M. Bouchard en lançant un appel à la collaboration de tous les élus de l’Assemblée nationale afin de régler ce dossier. 


Un fardeau financier évitable 

Il a également été question des nouvelles orientations en matière de gestion des remblais et des sols amiantés, annoncées en février, qui pourraient toucher plus de 225 municipalités québécoises et entraîner des coûts de plusieurs milliards de dollars par année pour les contribuables. 

Tout en affirmant que, malgré les difficultés et les embûches réglementaires, la région a réussi à mettre en place un contexte économique favorable aux investissements, le maire de Thetford Mines Marc-Alexandre Brousseau a une fois de plus dénoncé les contraintes liées à la gestion des sols amiantés. « C’est un gouffre de fonds publics complètement inutile et un fardeau financier évitable pour nos citoyens et nos entreprises », a-t-il dit. 


Pour lui, il est impératif que tous travaillent en équipe afin de faire changer les règles dans le but de « ramener la logique et le gros bon sens ». Il a fait référence à une déclaration de la députée de Lotbinière-Frontenac, Isabelle Lecours, faite le matin même à la radio, selon laquelle il n’était pas facile de travailler avec la Ville de Thetford et la MRC des Appalaches. « Je me permettrait de corriger poliment en mentionnant que travailler avec la Ville et la MRC, c’est facile, quand on travaille avec », a-t-il insisté. 


La Ville ainsi que la région souhaitent faire partie de la solution et ne pas être mises de côté, une demande répétée depuis plusieurs mois. Il a qualifié de « catastrophe » l’annonce survenue en février. Malgré les commentaires émis et une ouverture à la collaboration, la région de Thetford n’a pas été sollicitée pour travailler sur la nouvelle version. 

M. Brousseau a toutefois salué l’appel téléphonique que lui a fait la nouvelle ministre de l’Environnement, Pascale Déry, la veille de la conférence de presse. Elle a offert sa collaboration et le maire a fait de même. 


Il a conclu en affirmant que « Thetford et la région ont un potentiel immense à développer » et qu’« il faut nous donner les moyens de réaliser nos ambitions au bénéfice de tous ». 

 
 
 

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Contact

Chantal Gauvin

Directrice générale du Pôle économique vert de Chaudière-Appalaches

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